Situation du mouvement altermondialiste

Publié le par philodamas

Situation du mouvement altermondialiste


Mouvement, mouvement de mouvements, nébuleuse... Les métaphores abondent, exprimant et recouvrant à la fois l'existence d'un problème de définition de ce qu'il est convenu aujourd'hui d'appeler l' "altermondialisme". Nouvelle organisation (privilégiant le réseau à la hiérarchie) ? Nouvelle analyse (mettant l'accent sur les formes actuelles de la mondialisation capitaliste, et l'interdépendance des problèmes sociaux et écologiques) ? Nouvelle pratique de contestation (extérieure aux formes traditionnelles de l'action syndicale et politique) ? Ceux qui s'approprient le titre d'altermondialistes n'ont pas eux-mêmes l'homogénéité d'un groupe : multiplicité de mouvements se réclamant d'un même nom, leur identité commune fait problème. Qu'est-ce qui rassemble ces mouvement Il n'est pas sûr à vrai dire qu'un consensus existe sur ce point.


L'entente commune sur le nom ne se double-t-elle pas d'une mésentente plus essentielle sur l'identité de ce qui est nommé ? Il y a fort à parier en effet que les différentes composantes qui endossent le titre d'altermondialistes interprètent toutes à leur façon et en fonction de leurs analyses et positions spécifiques l'identité du rassemblement qu'un tel mot recouvre. Éviter d'entrer dans cette querelle des points de vue n'est sans doute guère possible qu'en assumant comme tel notre propre point de vue sur l'altermondialisme et ses enjeux : en pratique, étant donnée la situation actuelle des luttes mondiales, et relativement au syndicalisme révolutionnaire que nous défendons, quelle identité voulons-nous assigner aux mouvements rassemblés sous la bannière commune de l'altermondialisme ? Quelle direction voulons-nous donner au rassemblement instable et de nature problématique qu'un tel mot recouvre ? Comment devons-nous nous rapporter à ceux qui défendent une conception de l'altermondialisme (de son organisation, de ses objectifs, de sa stratégie) différente de la nôtre ?


Un rassemblement issu de mouvements convergents

Le "rassemblement" altermondialiste, quel que soit le caractère problématique de son identité, produit en tout cas des effets concrets dans la situation. Par-delà les différentes organisations et réseaux qui le composent, des mobilisations unifiées sous son nom par une même contestation de la "mondialisation néolibérale" se produisent en effet depuis les années 90, indépendamment des cadres syndicaux et politiques traditionnels (voir encadré ci-contre).


Le développement du mouvement altermondialiste

Le succès du mouvement zapatiste au Chiapas, en 1996, la contestation efficace de l’AMI en Europe et aux États-Unis en 1998, ainsi que le développement rapide de l’association Attac en France également la même année, sont sans doute les premières formes d’apparition du "mouvement" ou tout du moins de la "conscience" altermondialiste.

Ce sont les grandes manifestations de 1999 à Seattle, lors du contre-sommet faisant face à l’assemblée générale de l’OMC (créée en 1995), qui lui ont cependant donné une importance et une visibilité mondiales. On notera la présence syndicale importante au sein des cortèges dans les différentes manifestations qui ont eu lieu depuis : "Seattle (décembre 1999) : 60 000 participants dont 50 000 syndicalistes ; Nice (décembre 2000) : 90 000 participants dont 75 000 syndicalistes ; Bruxelles (décembre 2001) : 90 000 participants dont 70 000 syndicalistes ; Gênes (juillet 2001) : 250 000 participants dont 100 000 syndicalistes ; Barcelone (mars 2002) : 300 000 participants dont 270 000 syndicalistes" (Max Brichet, « Le syndicalisme à l’épreuve du mouvement altermondialiste français », Colloque Les mobilisations altermondialistes, 2003).


L'unité de ces rassemblements est fondée sur une base idéologique : la conscience commune au centre et à la périphérie qu’une seule et même logique mondiale "néolibérale" est à l’œuvre depuis les années 1979-80, pour précariser le salariat et casser les acquis sociaux dans les pays du centre, exproprier et prolétariser les paysanneries traditionnelles dans les pays de la périphérie. La conscience que ces deux processus sont interdépendants, et menés délibérément à partir des États du Nord sous l’égide d’institutions mondiales (OMC, FMI, Banque Mondiale) pour des intérêts financiers contradictoires avec les droits humains, fonde vraisemblablement une certaine unité des combats altermondialistes. En comprendre les termes exige donc de revenir plus en détail sur cette évolution de la situation sociale à l’échelle du monde à la charnière des années 1979-80.


Situation sociale et conscience altermondialiste dans les pays du centre

La période exceptionnelle de croissance et de plein emploi qui durait alors depuis près de trente ans dans les pays du centre (voir encadré) avait en effet permis, sous la pression des mouvements sociaux, un partage négocié de la valeur ajoutée entre salariat et capital. Le capital cédait d’autant mieux à la pression que les taux de croissance lui assuraient, malgré ce qu’il perdait en compromis sociaux, des niveaux de profit maintenus. Dans cette situation de croissance forte, les acquis pour les travailleurs furent nombreux, bien au-delà de l’augmentation régulière des salaires : sécurité sociale, retraites par répartition, code du travail et services publics.


Crise ou retour à la norme ?

Pour expliquer cette période de forte croissance, Isaac Joshua dans Une trajectoire du capital met particulièrement l’accent sur la "reconstruction économique" d’après-guerre. Ce qui apparaît comme la "crise" des années 1970 ne serait en fait que le retour de l’exception à la norme, la "parenthèse de la reconstruction" une fois achevée. Gérard Duménil et Dominique Lévy dans La dynamique du capital montrent bien de leur côté l’importance de l’intégration du taylorisme et du fordisme à la production après les années 1930, intégration progressive qui conduit à des gains de productivité et donc à des taux de croissance très élevés et même exceptionnels dans les économies du centre, jusqu’aux années 1970. La "crise" des années 1970 apparaît là encore comme un retour à la norme après une période exceptionnelle.


L’exception devait pourtant prendre fin. Dans les années 1970, la croissance faiblit brutalement, laissant place à une crise de rentabilité du capital à l’échelle mondiale. Les taux de profit s’affaissaient dangereusement : le maintien du plein emploi, de la pression sociale et des acquis sociaux devenait tout à coup un obstacle majeur à leur rétablissement. La réaction capitaliste, pour rétablir taux de profit et revenus financiers dans ce nouveau contexte économique de croissance faible, ne tarda pas : elle prit la forme à la fin des années 1970 d’un double mouvement de mondialisation de la production et de précarisation du travail, dont la conséquence massive dans les pays du centre fût l’apparition d’un chômage important qui corroda l’ensemble des acquis sociaux passés et vida le mouvement syndical de toute capacité d’obtenir quoi que ce soit par la négociation.

L’objectif était clair : écraser le coût du travail, privatiser toutes les richesses, rétablir les taux de profit et les hauts revenus dans le nouveau contexte économique.

La méthode fut non moins efficace : la "mondialisation néolibérale" allait devenir l’alpha et l’omega de toute politique économique :

- la filialisation et la sous-traitance en cascade servent à la délocalisation de larges secteurs de la production industrielle dans des zones à bas coût de main d’œuvre,

- l’ouverture à la concurrence mondiale, le dumping social et fiscal qui en résulte, obligent les gouvernements du centre à remettre en cause code du travail et pression fiscale pour maintenir leur "compétitivité" économique,

- la réduction des budgets sociaux devient tout à coup un impératif d’équilibre budgétaire étant donnée la baisse de la pression fiscale,

- la privatisation des secteurs publics fait suite à leur libéralisation (l’ouverture à la concurrence mondiale de leurs secteurs d’activité), et apparaît d'ailleurs comme une opportunité pour l’État surendetté qui cherche à renflouer ses caisses.

Ces procédures (délocalisations, dérèglementations, privatisations) découlent d’un même processus d’intégration progressive des systèmes économiques nationaux à un marché commun mondial, sous la dominance d’institutions elles-mêmes mondiales qui en surveillent la réalisation : Banque Mondiale, FMI, GATT puis OMC.


Recomposition sociale dans la périphérie et jonction nord/sud du mouvement social

Le revers des politiques néolibérales de "mondialisation", conduites à partir des pays du centre sous la dominance d’institutions mondiales pour les raisons qu’on vient d’évoquer, est une phase active de remodelage des régions économiques périphériques. Il s’agit en effet de déplacer une partie importante du secteur industriel dans les zones à bas coût de main d’œuvre (1). Un tel remodelage des pays de la périphérie par l’industrialisation supposait l’expropriation préalable de leurs paysanneries traditionnelles, pour fournir en main d’œuvre les usines implantées (2).

Les institutions internationales (OMC, FMI, Banque Mondiale) ont joué et jouent encore en ce sens un rôle majeur, en encourageant, par le jeu des brevets sur le vivant et des prêts conditionnels, le développement de cultures d’exportation fortement mécanisées et pauvres en main d’œuvre. Enrichissant au passage une poignée de propriétaires et les bureaucraties compradores qui joignent le pouvoir répressif d’État aux pouvoirs économiques, la mise en place d’une agriculture industrielle d’exportation conduit à l’extension des grands domaines, à l’expropriation ou à la ruine de la paysannerie traditionnelle fondée sur des cultures d’autosubsistance. Le FMI conditionne ainsi l’accord de ses prêts à la mise en place d’une "ouverture économique" de la production agricole au marché mondial dans le sens d’une transformation de l’agriculture paysanne en agriculture massive d’exportation. La Banque Mondiale quant à elle, sous prétexte de lutte contre la pauvreté, incite au même modèle de "développement" (3).

Il existe donc une convergence objective d’intérêt entre le travailleur du centre et le paysan de la périphérie qui est conduit malgré lui à partir travailler dans l’usine délocalisée. Le refus des délocalisations et de la précarisation du travail dues au dumping social par le travailleur du centre, rejoint la revendication d’une réforme agraire, d’un partage égal des terres, et de droits civiques et sociaux pour le paysan exproprié et prolétarisé de la périphérie.


Mouvements sociaux, mouvement écologiste

Cette jonction entre mouvements sociaux du centre et de la périphérie est consolidée par l’existence d’une autre jonction qui s’opère dans les pays du centre eux-mêmes : entre les mouvements écologistes et le mouvement social traditionnel. Celle-ci a en effet commencé à se dessiner à partir de Seattle en 1999, lorsque les "turtles" de l’écologie radicale, luttant alors pour rendre obligatoire l’installation d’équipements permettant de relâcher les tortues remontées par erreur dans les filets sur les bateaux de pêche, ont fait front avec les "teamsters" (syndicalistes routiers des États-Unis) et d’autres syndicalistes contre l’OMC. Parce que les mouvements écologistes sont aussi solidaires des paysans du Sud, favorables à la relocalisation des échanges et à une agriculture paysanne, ils représentent un élément intéressant de cohésion entre mouvements du centre et de la périphérie.

Cependant, l’entente entre mouvements sociaux et mouvement écologiste n’est pas faite en profondeur. Elle ne pourrait se développer à l’avenir qu'à condition de poser clairement et en commun un certain nombre de problèmes de compatibilité entre exigences sociales et écologique, et de les résoudre, si cela est possible. Il demeure qu’un tel travail reste encore en grande partie à effectuer.


Victoires périphériques…

Cette double jonction entre mouvements sociaux et avec le mouvement écologiste a permis un certain nombre de victoires. Un des paradoxes de l’altermondialisme tient cependant au fait que ses plus grandes victoires se sont constituées en dehors de ses cadres d’organisation. Les "forums sociaux mondiaux" qui en tiennent lieu (4), après une phase euphorique, commencent en effet à révéler leurs limites : le croisement des expériences et des problématiques a certes enrichi les différents mouvements, mais au-delà, aucun consensus n’existe sur ce qui serait une plateforme revendicative commune, encore moins sur une stratégie commune ou sur une organisation mondiale plus avancée des mouvements. Localement, la dynamique des "forums sociaux locaux" n’a pas pris. En revanche une conscience altermondialiste s’est constituée dans les Forums, conscience qui s’est "dispersée" dans les différents mouvements locaux, et les irrigue. C’est cette irrigation des mobilisations locales par une conscience commune qui, pour une large part, a permis les victoires obtenues par le mouvement altermondialiste.

L’abandon de l’AMI (1998), le blocage des négociations de l’OMC à Cancùn (2003), ont paralysé les cadres institutionnels mondiaux du néolibéralisme. Des États comme l'Argentine sortent désormais des plans et des prêts conditionnels du FMI, se réappropriant une part de leur autonomie financière. Des paysans sans terre, des ouvriers récupèrent leur outils de travail et leurs moyens de vivre : mouvement zapatiste au Chiapas en 1996, récupérations autogestionnaires des usines fermées suite à la crise financière poussée à bout par le FMI en Argentine, récupération de la gestion de l’eau par la remunicipalisation à Cochabamba (en Bolivie) et ailleurs. La victoire électorale du PT au Brésil, suivie par les victoires électorales de Chavez au Venezuela, Morales en Bolivie et Correa en Équateur… voire de C. Kirchner plus récemment en Argentine, réhabilitent l’intervention d’un État social assis sur la volonté populaire : à différents degrés et sous différentes formes, tous financent en effet des plans sociaux à partir de ponction sur les bénéfices du secteur privé ou semi-privé. Des réformes agraires sont en cours.

De quelle nature sont ces victoires ? Il s’agit toujours de tentatives de récupération, par les populations elles-mêmes, des formes sociales de leur activité et de leur vie. Cette forme de lutte autogestionnaire semble ainsi constituer le cœur du combat altermondialiste dans la périphérie. Au centre en revanche, l’altermondialisme faiblit. On peut essayer d'assigner plusieurs raisons à cet état de fait.


et difficultés centrales !

Les modes de contestation symboliques (campagnes de boycotts, mouvements ponctuels de récupération des rues, actions antipub, interventions dans les organisations syndicales et politiques, fauchages d’OGM...) comme pratiques (construction de filières bio, AMAP, développement du commerce équitable et des formes coopératives ou solidaires) ont certainement permis de diffuser dans une partie de l’opinion publique une approche mondiale des problèmes sociaux et d’esquisser des voies alternatives. Cependant, le développement d’une conscience altermondialiste majoritaire se heurte aujourd’hui à plusieurs obstacles.

Le premier tient au déplacement stratégique de l’intervention néolibérale : celle-ci s’est en effet déplacée des institutions politiques mondiales aux institutions politiques régionales et nationales. Ainsi en France, les attaques viennent bien davantage aujourd’hui de décisions parlementaires que de l’OMC, qui a disparu du paysage politique, ce qui semble vider de son actualité l’expression "altermondialiste" en faisant disparaître le visage institutionnel mondial de ce que le mouvement combat.

Le second, au-delà de la simple diffusion idéologique, tient certainement à l’absence d’influence du mouvement altermondialiste sur les pouvoirs en place. Nous faisons l’hypothèse que c’est cette absence d’influence sociale et politique qui détermine aujourd’hui prioritairement la faiblesse de l’altermondialisme dans les pays du centre. Il existe plusieurs raisons à cette impuissance.


Les différentes options possibles

Tout d’abord, l’élaboration des alternatives politiques fait problème. Certes, il s’agit pour les populations, les citoyens, de récupérer les pouvoirs privatisés par la finance mondiale. Mais comment y parvenir ? Une partie du mouvement part du principe que les propositions formulées dans le cadre national-social sont périmées par la réalité de la mondialisation, et qu’il ne reste plus qu’à promouvoir des formes de régulation internationales. Chacun sait cependant que l’idée d’une régulation mondiale repousserait l’espérance aux calendes grecques...

D’autres défendent au contraire la réhabilitation de l’intervention nationale-sociale de l’État : leur positionnement les conduit alors à rejoindre le champ politique occupé par les partis communistes, sans comprendre que le patronat a assez de marges de manœuvre pour bloquer ce type de politique nationale, ne serait-ce qu’en exerçant une pression politique par le taux de chômage (n’est-ce pas la cause majeure du "tournant de 83" en France, lorsque le gouvernement socialiste a acquis la certitude qu’il n’y avait pas de voie intermédiaire possible, mais un seul choix : renoncer au socialisme ou bien poursuivre les nationalisations jusqu’à la planification intégrale ?).

Les derniers, qui échappent peut-être à l’impasse, soutiennent que le problème n’est ni d’encadrement national ni d’encadrement international du capitalisme, mais qu’il s’agit de développer et d’étendre les formes de l’autogestion en partant des luttes sociales pour les généraliser et les étendre. Cette forme de contestation radicale par l’autogestion permettrait en effet de rompre avec le pouvoir patronal en tant que tel, donc également avec ses possibilités de réaction en cas de victoire politique nationale. Il semble néanmoins difficile de construire ce type d’alternative sans une victoire politique en parallèle, qui puisse donner les cadres institutionnels et les possibilités réglementaires permettant le développement du mouvement.

La seule alternative qui semble se dessiner pour l’altermondialisme dans les pays du centre se situe donc en partie dans le champ social, pour y provoquer un mouvement autogestionnaire et en partie dans le champ politique, pour contrôler les pouvoirs qui permettraient de donner les moyens à ce mouvement de se développer. Le champ politique reste pourtant désespérément obstrué par la droitisation ancienne des partis traditionnels de la social-démocratie européenne et la division des organisations communistes à leur gauche. Quant à susciter des mouvements sociaux d’ampleur, la désyndicalisation massive, l’affaiblissement des luttes dans le secteur privé et l’absence de résultat des luttes portées par le secteur public, les effets psychologiques délétères de ceux qui souffrent du chômage et retournent le mépris social contre eux-mêmes, sont des facteurs fortement inhibants. Par ailleurs, il ne faudrait pas sous-estimer l’intégration de larges secteurs populaires au système capitaliste et aux valeurs d’individualisme concurrentiel qu’il porte, que tout travailleur est quasi contraint de "pratiquer" dans son travail quotidien. L’altermondialisme, pour trouver une issue socialement satisfaisante à la situation mondiale qu’il a su analyser semble donc en être arrivé à ce point : travailler dans le mouvement social à l’unification des secteurs en lutte, toucher suffisamment l’opinion publique pour mettre en crise les pratiques et les valeurs de l’individualisme quotidien, étendre le mouvement sur des revendications précises permettant de faire progresser l’autogestion ici et ailleurs, et parallèlement travailler aussi dans les pays du centre à une recomposition politique de la gauche de transformation sociale qui permette de construire une forme électorale assise sur le mouvement social. Un pari impossible ?


Quel avenir mondial pour un rassemblement altermondialiste ?

La convergence des luttes entre centre et périphérie, paysans, ouvriers et employés, le principe d’une unification politique de l’écologie et du mouvement social, la conscience mondiale du tournant néolibéral qui détermine la phase actuelle du capitalisme, sont des acquis indéniables de l’altermondialisme. Son développement social et électoral en Amérique du Sud (qui ne doit pas masquer les différences de fond entre les pays, et les difficultés internes), son affaiblissement en revanche dans les pays européens et du centre montre que le mouvement altermondialiste est en situation de lutte : le système capitaliste peut être contesté avec efficacité, mais il garde une grande capacité d’intégration de larges fractions de la population aux valeurs qui le légitiment.


Guillaume Bassaget (Var)


(1) Les formes les plus extrêmes de ces zones "low cost" sont les "zones franches" bien décrites par N. Klein dans No Logo, ou par le film Life and Debt qui porte plus spécialement sur la Jamaïque.

(2) Cette phase d’ "accumulation par expropriation" réitère les procédures de l’accumulation primitive telles que les avait décrites Marx dans Le Capital, en les déplaçant néanmoins dans les régions périphériques. David Harvey, après Rosa Luxembourg, a récemment théorisé cette reprise permanente de l’accumulation primitive dans les zones périphériques toujours plus lointaines que le capitalisme conquiert ("L’accumulation par expropriation", revue Actuel Marx de 2004 consacrée à L’espace du capitalisme).

(3) L’héritage colonial a d’ailleurs pu donner une base économique à cette dimension mondiale de l’exploitation des travailleurs dans la périphérie : la mainmise des multinationales du Nord sur les ressources naturelles des pays du Sud, tout comme le poids de la "dette du tiers-monde" utilisée comme moyen de pression, sont en effet des données anciennes qui interagissent avec les politiques néolibérales. Lorsque la FED, en 1979, a relevé brutalement ses taux d’intérêt, elle a du même coup démultiplié la dette des États du tiers-monde : les États concernés ont alors dû contracter des prêts conditionnels envers le FMI, et la moulinette néolibérale des Plans d’Ajustement Structurel a pu se mettre en action.

(4) Le premier de ces FSM a eu lieu à Porto Alegre en 2001. D’abord parallèles aux forums économiques mondiaux de Davos, les FSM ont pris progressivement leur autonomie et leur rythme propre de réunion, au point de devenir les cadres mondiaux d’organisation du mouvement, désormais nommé "altermondialiste".

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