La connaissance (vérité, démonstration, expérience)
VERITE, DEMONSTRATION, EXPERIENCE
L'allégorie de la caverne (Platon, République VII)
La vérité entre croyance et connaissance
Affirmer que la vérité est l’objet de l’investigation philosophique, c’est supposer qu’elle ne nous est pas immédiatement donnée. Et reconnaître de la sorte que la vérité ne nous est pas immédiatement donnée ne va pas de soi : car avant d’y réfléchir, nous croyons savoir bien des choses, et nous ne pensons jamais qu’en ces matières nous nous trompons peut-être. C’est que nous sommes spontanément portés à la croyance, c’est-à-dire à l’opinion. Une croyance ou une opinion, c’est une idée que l’on croit vraie. Une connaissance, une idée que l’on sait vraie. Quant à la vérité, elle définit habituellement la relation d’adéquation entre un énoncé et la réalité. Par exemple, l’énoncé « la terre tourne autour du soleil » est vrai si la terre tourne réellement autour du soleil.
Suivons alors cet exemple. Lorsque vous demandez à quelqu’un s’il croit que « la terre tourne autour du soleil », il répond généralement par l’affirmative, car il fait confiance, à tort ou à raison, aux autorités qui le lui ont enseigné. Mais si vous lui demandez comment il le sait, il commencera à bredouiller. C’est que sa croyance en réalité n’est pas une connaissance : il ne sait pas si le soleil tourne autour de la terre, il le croit. Croire, c’est donc estimer sans le savoir que ce que l’on pense est vrai. Savoir, c’est au contraire toujours savoir que ce que l’on pense est vrai.
Mais sur quoi se fonde un tel savoir de la vérité ? Comment sait-on qu’une idée est vraie ? Quels sont les critères de la vérité ? Quelle intention enfin fonde la recherche de la vérité ?
1. Vérité et démonstration
La pratique scientifique la plus courante nous apporte immédiatement une première réponse : parce qu’on l’a démontrée. On pourrait donc peut-être, à ce premier niveau de notre réflexion, reformuler la distinction qui a été faite entre croyance (opinion) et connaissance (savoir) : si une croyance est une idée dont on estime qu’elle est vraie sans savoir en réalité si tel est le cas, une connaissance pourrait bien être une idée que l’on sait vraie parce qu’on l’a démontrée. La démonstration définit en effet le procédé de raisonnement qui permet d’établir la valeur de vérité d’un énoncé. Pour le comprendre, il nous faut faire un détour par la logique formelle, science et instrument inventé par Aristote, qui la définit précisément comme la science des formes du raisonnement en général. La démonstration…validité/vérité… toute démonstration se fonde sur des présupposés qui eux-même ne sont pas démontrés.
Aristote, 2nds Analytiques
Spinoza, Traité de la réforme de l'entendement "idea vera (habemus enim ideam veram) est diversum quid a suo ideato : nam aliud est circulus, aliud idea circuli. Idea enim circuli non est aliquid, habens peripheriam, et centrum, uti circulus, nec idea corporis est ipsum corpus." Connaître, c'est assigner à un objet sa règle de construction, c'est-à-dire le définir. La définition, en ce sens, est toujours vraie.
2. L'expérience de la vérité
Les deux sens du mot : vécu / dispositif technique visant à produire un phénomène pour infirmer ou confirmer une hypothèse. Dans tous les cas il ne semble pas possible de sortir notre pensée de l'hypothèse,
Kant, Logique, Introduction
"Pour que je sache si ma représentation est vraie, il faut que je la compare à la réalité, or je n'ai accès à la réalité par ma représentation, je ne peux donc jamais comparer ma représentation de la réalité qu'avec ma représentation de la réalité"
L'objectivation matérialiste intègre dans l'hypothèse d'objectivité la finitude de la perception subjective. L'expérience est certaine, mais subjective ; l'hypothèse est objective mais reste néanmoins incertaine.
Pascal, Lettres à Perrier (L'expérience de l'équilibre des liqueurs) : l'expérimentation, sa puissance et ses limites
3. La logique scientifique : le pouvoir de la réfutation
Si nous nous contentons alors de vivre dans l’hypothèse, sans certitude de la vérité, toute hypothèse est-elle pour autant admissible ? Si aucune ne peut être vérifiée, aucune ne peut-elle pour autant être réfutée ? Dans ce dernier cas, ne peut-on pas rejoindre Popper et affirmer que la certitude du faux dans le champ des conjectures élaborées peut au moins devenir la source d’un énoncé sélectif irréfutable, à la fois vrai et certain ?
Einstein, L'évolution des idées en physique
Popper, Conjectures et réfutations
4. La volonté de vérité : pouvoir et savoir
La tentative qui vise à assigner à un objet sa règle de construction apparaît d'abord comme une spéculation coupée des préoccupations de la vie pratique. Pourtant, ne s'y cache-t-il pas une volonté de domination ? Comment en effet pourrions-nous comprendre les motifs qui nous poussent à la connaissance si celle-ci était réellement désintéressée ? La libido sciendi n'est-elle pas qu'une forme raffinée de la libido dominandi ?
Aristote, Métaphysique
Nietzsche, Généalogie de la morale
Foucault, Surveiller et punir