Aristote, Politiques, I et Ethique à Nicomaque, V
"L'homme est par nature un animal politique, plus que n'importe quel animal grégaire. Car -c'est ce que nous pensons- la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l'homme possède un langage. Certes, la voix est le signe du douloureux et de l'agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux : leur nature est en effet parvenue jusqu'au point d'éprouver les sensations du douloureux et de l'agréable, et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l'avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l'injuste. Il n'y a en effet qu'une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la compréhension du bien, du mal, du juste et de l'injuste. Or posséder de telles notions en commun, c'est ce qui fait une cité.
De plus, une cité est par nature antérieure à une famille et à chacun d'entre nous. Le tout en effet est nécessairement antérieur à la partie, car le corps entier une fois détruit, il n'y a plus ni pied ni main sinon par homonymie, comme quand on parle d'une main de pierre (...). Qu'une cité soit antérieure par nature à chacun de ses membres, voilà qui est clair : si chacun pris séparément n'est pas autosuffisant, il sera comme les autres parties vis-à-vis du tout ; et celui qui n'est pas capable d'appartenir à une communauté ou qui n'en a pas besoin parce qu'il se suffit à lui-même n'est en rien une partie de la cité si bien que c'est soit une bête soit un dieu."
ARISTOTE, Politiques, I, 2
« Les conflits et les contestations arrivent lorsque des personnes sur le pied d’égalité n’obtiennent pas des parts égales, ou quand des personnes sur le pied d’inégalité ont et obtiennent un traitement inégal. Si on envisage l’ordre de mérite des parties prenantes, cette relation devient claire. En effet, concernant les partages, tout le monde est d’accord sur le fait qu’ils doivent être faits selon le mérite de chacun. Toutefois, on ne s’accorde pas communément sur la nature de ce mérite, le peuple le plaçant dans la liberté, les riches dans la richesse, et les nobles dans la vertu. Ainsi le juste est-il en quelque manière une proportion (…). Le juste est donc ce qui est défini par cette proportion géométrique ; l’injuste, ce qui la contrarie ; en effet on y distingue du plus et du moins. Et c’est bien ce qui arrive dans les actions de la vie courante. Celui qui commet l’injustice s’attribue plus que son dû ; celui qui subit l’injustice reçoit moins qu’il ne devrait avoir. »
ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, V, 3