Rousseau, Lettres écrites de la montagne / Hegel, Principes de la philosophie du droit
ROUSSEAU, Lettres écrites de la montagne
Si l’État est confondu avec la société civile et si sa destination est située dans la sécurité et la protection de la propriété et de la liberté personnelle, l’intérêt des individus singuliers comme tel est alors la fin dernière en vue de laquelle ils sont réunis, et il s’ensuit également que c’est quelque chose qui relève du bon plaisir que d’être membre de l’État. Or celui-ci a un tout autre rapport avec l'individu : attendu qu'il est esprit objectif ["un Je qui est un Nous, un Nous qui est un Je"], l'individu n'a lui-même d'objectivité, de vérité et d'éthicité que s'il en est membre. La réunion en tant que telle est elle-même le contenu et la fin véritable, et la destination des individus est de mener une vie universelle (...).
Rousseau a eu le mérite d'avoir établi comme principe de l'Etat (...) la volonté. Seulement, comme il a saisi la volonté dans la seule forme déterminée de la volonté singulière, et la volonté générale comme l'élément commun qui surgit des volontés singulières, la réunion des individus-singuliers dans l'Etat devient un contrat, lequel a de ce fait pour assise leur libre arbitre, leur opinion et leur consentement exprès qui relève du bon plaisir.
HEGEL, Principes de la philosophie du droit, §258 R